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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 07:15

Du renouvellement des élites en général

et des retraites des jeunes en particulier !

  Chomeurs_intellectuels.jpg

L'actualité économique et les récentes études sociologiques se télescopent parfois de façon surprenante. D'un côté, le nombre de jeunes diplômés en (plus ou moins) grande précarité ne cesse de croître ; de l'autre, le renouvellement des élites n'a jamais été aussi faible. Pire, une véritable incapacité française à promouvoir les nouvelles générations semble devenir "la norme", phénomène accentué par la myopie des médias de tous types qui préfèrent s'adresser au plus connu plutôt qu'au plus compétent. Le scénario semble toujours le même : quelques signatures (depuis longtemps) prestigieuses cumulent les postes, les fonctions, les activités, et paraissent ne pas pouvoir se résoudre à céder la place. Deux publications "grand public" récentes, parues sous le nom de chercheurs plus que "confirmés" (en retraite depuis 20 ans et plus) jouent le rôle de "l'étincelle qui a fait déborder le vase", ou de "la goutte d'eau qui a mis le feu aux poudres", comme on voudra.

Je précise immédiatement que ce "billet d'humeur" n'est en rien destiné à une personne plutôt qu'à une autre. Mon propos se veut plus large et vise à poser une question de principe : on ne cesse de nous répéter que l'entrée dans la vie professionnelle des jeunes diplômés en sciences humaines (et tout particulièrement en histoire) est extrêmement difficile, or nous constatons que ceux dont la carrière est terminée, parfois depuis fort longtemps, qu'ils soient officiers, universitaires, journalistes spécialisés, éditeurs ou que sais-je encore, ne parviennent presque jamais à céder leurs places. Souvent, même, parvenus au faîte de la reconnaissance publique, ils cumulent postes et fonctions : un conseil scientifique ici, un comité de rédaction là, et continuent à multiplier colloques, chroniques régulières et interventions diverses.

Dans le même temps, les doctorants et jeunes docteurs multiplient les "petits boulots" pour survivre (difficilement), enchaînent les remplacements ponctuels et les "piges" aléatoires pour gagner (au mieux) un petit SMIC. Même les meilleurs n'ont qu'une probabilité infinitésimale d'être élus dans une université, tandis que les éditeurs, de plus en plus frileux, soit s'adressent pour leurs commandes d'ouvrages à des "noms" déjà bien connus et installés, soit se permettent de ne prévoir dans les contrats aucune avance sur droits. Le travail intellectuel ne mérite-t-il pas d'être normalement payé au moment où il est exécuté ? C'est la précarisation systématisée des "jeunes" chercheurs (entre 25 et 40 ans, ceux que l'on appelle toujours pudiquement les "juniors"), parfois la désespérance, et j'en connais en région parisienne qui (tout en s'efforçant de rester positifs et en faisant "bonne figure" en public) sont dans des situations personnelles particulièrement difficiles. On voit bien les deux conséquences : misère matérielle et appauvrissement intellectuel. N'y a-t-il pas là un risque important de tarissement du vivier des chercheurs ? Pourquoi des jeunes brillants choisiraient-ils une voie qui les condamne ? Peut-être faut-il voir aussi dans cet état de fait l'une des causes du retard pris par la France dans de nombreux domaines par rapport aux pays anglo-saxons ?

A cette question, en elle-même essentielle, en est étroitement liée une autre, qui ajoute de la perversion au phénomène. Pour la moindre intervention de quelques minutes, pour le moindre texte de quelques pages, journalistes et éditeurs (qui ne connaissent pas les compétences existantes dans tel ou tel domaine de spécialité) s'adressent toujours aux mêmes sommités. Le mal est d'ailleurs encore plus grave quand la personnalité en question n'est pas plus spécialiste que vous et moi de la culture du maïs dans le haut empire inca, mais a par contre systématiquement un message "mémoriel" à faire passer. A l'inutilité de l'intervention s'ajoutent parfois erreurs et contre-sens (volontaires ? Poser la question, n'est-ce pas déjà y répondre...). Pourtant, plus vous êtes (re)connu, plus vous êtes sollicité. Ce cycle, éventuellement vertueux et appréciable pendant que vous conduisez activement vos travaux et votre votre vie professionnelle, un "cursus honorum" moderne, ne se justifie plus de longues années après votre "retraite" officielle, surtout lorsqu'un généraliste des médias ne s'adresse à vous que parce qu'il connaît vaguement votre nom. Pourquoi, dès lors, faisant preuve d'une sagesse antique, ne pas conseiller à l'ignorant de contacter plutôt tel ou tel jeune montant, brillant, compétent, promis à un bel avenir si on lui laisse sa chance ?

De grâce ! Que les grands chercheurs parvenus au terme d'une vie professionnelle comblée, aussi éminents qu'émérites, se décident à aider leurs cadets. Qu'ils continuent à produire des sommes intellectuelles et des ouvrages de référence, certes, ils en ont la capacité, c'est leur responsabilité morale et la recherche a besoin de toutes leurs compétences. Mais que dans la "vie quotidienne" des laboratoires, des centres de recherche, des maisons de presse et d'édition ou des studios d'enregistrement, ils laissent la place aux jeunes. Qu'ils favorisent l'éclosion d'une génération qui ne sera pas moins capable que la leur. Qu'ils ouvrent leurs carnets d'adresses, qu'ils conseillent, qu'ils soutiennent, qu'ils fassent connaître la jeune génération et assurent le relais. La vie, avec ses difficultés, se chargera ensuite de valoriser le travail des meilleurs... Mais encore faut-il qu'ils puissent travailer !

Pour en revenir à "la goutte d'eau" ou à "l'allumette" à l'origine de ce billet, pourquoi demande-t-on toujours aux plus connus, qui depuis très longtemps n'ont plus rien à prouver, de produire des documents qu'un trentenaire ou un "quadra" bien formé pourrait parfaitement rédiger, tout en renouvelant d'ailleurs éventuellement les problématiques ? Ce dernier n'a-t-il pas davantage besoin que son "maître" de 300, 400 ou 500 euros de rénumération, éventuellement associés à ce travail ? Va-t-il être nécessaire, tant la situation devient parfois pénible, d'émettre comme sous la IIIe République des timbres à surtaxe "Pour les chômeurs intellectuels" ? C'est une question de triple solidarité, professionnelle, générationnelle et morale.

Que les "pontes" de la discipline qui liront ce coup de coeur se préoccupent d'assurer la relève : ils n'en seront que plus grands.

R. PORTE

 

P.S. : Merci au CLIOPHAGE d'avoir relayé ce billet (voir Un grand cri d'amour !!!, ce qui n'est pas faux) en ajoutant dans son commentaire d'utiles réflexions.

chomeurs-intellectuels-1.jpg

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commentaires

Z
Il faudra bien que ces jeunes puissent un jour payer les retraites de leurs anciens. Si on pense que la solidarité générationnelle a un sens, il faut que ceux qui en ont pleinement bénéficié, que
ceux qui ont eu des carrières en or aident les plus jeunes qui n'auront pas, cela est déjà certain, le même type de carrière. Comment les jeunes payeront les retraites des anciens s'ils démarrent
vraiment dans la vie à 30 ou 35 ans pour s'entendre dire à 45 qu'ils sont déjà trop vieux !!!
Répondre
G


C'est exactement le problème de début de carrière des "jeunes" (de moins en moins) hautement qualifiés, surtout dans les sciences humaines et en particulier en histoire. Comme, par ailleurs, la
notoriété joue un rôle essentiel pour leur éventuelle participation à des travaux divers, ils ne sont jamais "invités" à s'y joindre. Et à 40 ou 45 ans ils sont trop "vieux" pour être élus dans
une université (d'autant plus qu'il y a de moins en moins de postes) ou pour envisager une "reconversion". Au bilan, une vie de "galère" pour avoir choisi une filière par passion.


Dans le même temps, leurs "maîtres" continuent à 80 ou 85 ans à "hanter" les rédactions et les plateaux. Cherchez l'erreur.


REMY


 


 



B
75% de nos jeunes adultes sont dans une situation précaire: chômage, stages, CDD, contrats d'apprentissage... Notre pays, notre beau territoire, a une richesse rare de nos jours: sa jeunesse. Que
cela ne devienne pas un "problème"!
A la sortie des études, des personnes m'ont donné, m'ont aidé. Je leur ai dit merci -quand je m'en suis rendu compte-, et je le leur dis à nouveau.
Et je l'avoue, j'ai donné peu, pas assez en tout cas, pour l'instant. Pourtant, cela donne du plaisir, "élève".
Donner pour recevoir, recevoir puis donner, aider à marquer, à transformer l'essai. Ah, cela me rappelle un sport, et ses valeurs.
Merci à toi, Rémy!
Répondre
G


Une belle idée aussi : penser à "renvoyer l'ascenseur" lorsqu'on est en âge et en situation de le faire.


REMY


 



C
Tout simplement "merci" d'être vous-même un "passeur".

Je m'en vais de ce pas relayer votre billet.
Répondre
G


On peut peut-être aussi envisager de "multiplier les passes" ?


Bon courage et amicalement.


REMY


 



L
Oh que ça fait du bien de lire ces lignes !! Et de se dire qu'on est pas le seul à bien (ou mal ?) penser...

Merci Rémy !!!
Répondre
G


De rien ! C'est on ne peut plus sincère.


Une nouvelle fois, comment multiplier la diffusion, accumuler les exemples, bref "faire le buzz" pour "faire pression" ?


Amitiés.


REMY


 



V
Bonjour et merci pour ce billet, véritable bouffée d'air frais sous un ciel d'orage. Je l'ai bien entendu relayé.
Amicalement
VB
Répondre
G


Merci pour cet encouragement. Si vous avez des exemples, témoignages, commentaires, n'hésitez pas. Je suis tout disposé à revenir sur le sujet avec "de la matière".


Amicalement et bon courage.


REMY



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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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