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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 07:00

La folie au front

La grande bataille des névroses de guerre (1914-1918)

Laurent Tatu et Julien Bogousslavsky

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Travail intéressant que celui de deux praticiens hospitaliers se confrontant à la démarche historienne. Certes dans un premier temps, le réflexe corporatiste peut s’exprimer. Ainsi, n’importe qui pourrait s’improviser historien sans formation spécifique ? On sait la propension des militaires, surtout une fois qu’ils ont accédé aux étoiles du généralat, à se penser historiens ès-qualité. En irait-il de même des médecins ?

La première partie de l’ouvrage est un historique de la notion de troubles psychiatriques liée à une forme jusque là inconnue de la guerre. Front fixe, « système-tranchées » structurent des types de combats et des types de troubles psychiatriques nouveaux. Se référant à la presse médicale de l’époque davantage qu’à des archives, les auteurs font œuvre de vulgarisation  -au bon sens du terme- plutôt qu’à une œuvre à proprement parler historienne . On ne répétera jamais assez combien c’est le rapport aux sources qui fait l’historien et pas seulement la mise en récit.

Les problématiques développées par les chapitres suivants arrivent également en terrain relativement connu des historiens spécialisés. La question de l’attitude des médecins militaires à l’égard des soldats atteints de troubles psychiatriques a été, en effet, longuement débattue. Appartenant à la hiérarchie militaire par leur grade d’officiers, les médecins adoptent fréquemment une attitude qui consiste à se méfier des simulateurs que seraient les traumatisés psychiques. Participant à la coercition d’un système militaire largement intériorisé et accepté par les citoyens de l’époque,  les médecins militaires adoptent d’abord les regards de  la hiérarchie avant de s’interroger plus profondément sur la nature des troubles qui affectent les combattants, amenant assez fréquemment les soldats accusés de dissimulation devant les conseils de guerre.  En cela, le travail des deux auteurs est très enrichissant en montrant combien la médecine et la psychiatrie  -alors toute jeune à l’époque- sont embarrassées par un certain nombre de questionnements qui divisent profondément les praticiens. La description des traitements thérapeutiques reprend des éléments déjà connus par les travaux de Louis Crocq, Alain Larcan, Jean-Jacques Ferrandis et Yann Andruetan et montre une fois de plus les tâtonnements inévitables dans l’approche de troubles jusque là inconnus, en tout cas dans leur massivité. La polémique suscité, dès l’époque, par la technique du « torpillage » ou traitement électrique des traumatisés est bien rappelée dans ses approches comme dans ses effets. Se terminant par les approches freudiennes de la fin de la guerre, l’ouvrage n’est pas véritablement un livre de recherche, mais bien une très honnête et utile synthèse des questions liées à la psychiatrisation des traumatismes de guerre durant le premier conflit mondial

François Cochet

Editions Imago, Paris, 2012, 188 pages, 20 euros

ISBN : 978-2-84952-190-8

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Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
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