Leçons de commandement
Bruno Jarrosson
Homme de l'entreprise, mais aussi historien, Bruno Jarrosson livre ici un ouvrage original et passionnant.
En rappelant, en ouverture d'une première citation, que Charles de Gaulle n'est pas encore devenu le 30 juin 1940 "Charles le glorieux", mais qu'il n'est encore que "Charles le seul", l'auteur donne le ton. Cet ouvrage, qui semble destiné à tous les cadres civils et militaires, du secteur public comme du secteur privé, a pour ambition d'identifier les "leçons" léguées par celui qui fut le premier président de la Ve République, dans les domaines de la stratégie, de la prise de décision, du leadership, de l'aptitude à la négociation et de l'exercice du commandement.
Logiquement parsemé de citations et de nombreuses anecdotes, le livre ne se limite pas à l'action du chef de la France Libre pendant la guerre, mais l'intérêt de l'auteur s'étend à l'ensemble de la carrière et de la vie de Charles de Gaulle : le chapitre 7 ("Ne pas dévoiler ses intentions") commence par une évocation de la campagne électorale de 1967, le chapitre 12 ("Qu'il fût un chef, qu'il y eût un Etat") revient sur le sens profond de l'entretien entre de Gaulle et l'ancien président Lebrun à l'automne 1944, le chapitre 24 ("Un dialogue social vite réglé") s'interroge sur la rencontre de juin 1945 entre le chef du gouvernement provisoire et les représentatns des anciens prisonniers en colère, etc.
On le voit, l'organisation de l'ouvrage n'est pas chronologique, ce qui en la matière n'aurait guère de sens, mais thématique, et se termine par un extrait du fameux discours sur "Paris outragée !" avec cette appréciation : "Même ramenée à sa plus simple expression, la voix du gaullisme reste une source d'inspiration".
Etant donné le caractère un peu atypique de ce livre, nous avons voulu en savoir plus :
Question : Pourquoi un cadre du secteur concurrentiel privé prend-t-il le temps et la peine de rédiger un livre sur "les leçons de commandement" du général de Gaulle ?
Réponse : Tout d'abord, écrire ne me "prend" pas du temps (cela m'en donne au contraire) et ce n'est aucunement une peine (c'est plutôt une joie). Cela étant :
- Pour une première raison personnelle : écrire est pour moi la façon privilégiée de penser un sujet.
- Pour une seconde raison qui tient davantage au sujet lui-même. Passionné d'histoire, j'ai aperçu dans les oeuvres et la vie du général de Gaulle beaucoup de propos
et de circonstances qui résonnaient avec les "solutions" que l'on cherche et met en place pour les entreprises. Il y a donc là un matériaux riche. Cela m'a frappé. Par ailleurs, sur cette
question du "commandement", de Gaulle se montre un acteur créatif, innovant, qui n'hésite pas à inventer.
Question : Quel est donc, dans ce cas, votre "public-cible", et y en a-t-il un ? Que pensez-vous lui apporter ?
Réponse : La notion de "public-cible" relève de la stratégie de la demande qui s'applique, me semble-t-il, mal
aux livres d'idée (stratégie de l'offre). Ce livre intéressera les personnes qui réfléchissent sur le sens que prend l'histoire concrète et sur la façon dont un personnage historique peut ouvrir
le champ des décisions en s'élevant au-dessus des préjugés de son époque.
Question : Quel "de Gaulle" vous semble le mieux illustrer les principes que vous mettez en valeur, le militaire ou le politique (sous réserve que l'on puisse distinguer entre les deux) ?
Réponse : Un des aspects intéressant chez de Gaulle est qu'il faisait de la politique comme un militaire et
qu'en tant que militaire il était très politique. Dans des situations politiques comme le 18 juin 1940, il utilise les principes stratégiques appris à l'Ecole supérieure de guerre. C'est
l'intégration des deux domaines, militaire et politique, l'utilisation de l'un à propos de l'autre, qui donne à l'action de Charles de Gaulle son exceptionnelle fécondité dont on suit la trace
dans les différents épisodes de sa vie comme dans ses livres.
Question :Envisagez-vous éventuellement de vous intéresser désormais, dans le même esprit, à d'autres grands personnages ?
Réponse : Oui, je travaille actuellement sur les quatre décideurs de la Seconde guerre mondiale : Staline, Hitler, Churchill et Roosevelt (étude comparative), ainsi que sur la panne d'intelligence stratégique pendant la Première Guerre mondiale, illustrée par les généraux en chef français et allemands.
Bruno Jarrosson, merci pour ces réponses aussi directes qu'intéressantes et à très bientôt.
Amis lecteurs, voilà un petit livre à ne pas rater...


La Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des
armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Du Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)



Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du
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Dictionnaire de la Grande Guerre