20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 06:30

Apocalypse

Le "documentaire" dont la diffusion a commencé mardi soir sur France 2 pose à l'historien de nombreuses questions à partir de points de vue difficilement compatibles. Certes, l'esthétique est au rendez-vous. Certes, le grand public va sans doute adhérer et très nombreux seront les Français qui suivront les épisodes successifs. Mais, déjà, les premières critiques se font jour en dépit d'une campagne de promotion assez exceptionnelle. Et elles sont loin d'être injustifiées.

Sur le plan de la méthodologie (et presque de la déontologie), l'utilisation des archives filmées laisse à désirer. Colorisées, sorties de leurs contextes, aux sources non précisées, voire recadrées et retravaillées, avec une musique et une bande son créées pour accroître les réactions "affectives", elles donnent une vision du conflit qui ne peut plus avoir été celui des contemporains, témoins et acteurs, alors qu'elles sont souvent présentées comme telles (on nous parle d'une "plongée dans le quotidien des poilus"). Pourtant, la "matière première" a été "travaillée comme le ferait un metteur en scène de cinéma". A peu de choses près, il s'agit de la même opération que de citer un extrait de texte sans préciser par qui, quand, où et à l'attention de qui il a été écrit. Le phénomène est même plus grave, puisque le scénario global des épisodes et le montage de l'ensemble des scènes par petits extraits successifs donne dans la durée un sens général, qui traduit sans doute la pensée du réalisateur, mais n'apporte aucune aide pour comprendre la complexité du temps. Ce n'est pas tout à fait un "docu-fiction" (les phases générales de la guerre sont bien sûr respectées), mais Daniel Costelle le précise : "Ce que nous voulons, c'est d'abord faire des films qui soient de grands spectacles". La manoeuvre est même plus subtile et instille un sens... qui n'est peut-être pas celui de l'histoire.

Les commentaires ensuite laissent grandement à désirer. Parfois indirectement, parfois de façon beaucoup plus nette, ils nous suggèrent des idées, nous proposent des explications, qui relèvent tout simplement des idées reçues quant ce n'est pas des choix politiques. Les soldats sont les "bons", les chefs bien sûr les "méchants", les politiques  tous plus ou moins "incapables", etc... On lira avec intérêt le décryptage que fait Bénédicte Chéron de la présentation de la série lors du journal télévisé (ici), mais aussi les réserves émises par le professeur Jacques Frémeaux sur la série elle-même : "Il y a un anachronisme dans cette vision empreinte des préoccupations actuelles" (ici). Privilégier la victimisation des combattants en jouant sur les sentiments du spectateur sans apporter les éléments de contexte qui peuvent expliquer telle situation ou telle décision, développer les idées reçues (passées et actuelles) n'est pas faire oeuvre d'histoire, mais présente une vision partielle (et partiale) des événements, pour ne pas dire parfois caricaturale (ces bourgeois et industriels qui veulent la guerre, quels salauds !).

Que des journaux aussi différents que Le Figaro (ici) et le Nouvel Observateur (ici) émettent de fortes réserves (dans des domaines dfférents) est un signe à la fois que le sujet de la Première Guerre mondiale passionne et reste sensible d'une part, mais aussi qu'il y a des problèmes de fond. Plus de 5,9 millions de téléspectateurs pour cette première diffusion : un beau succès de télévision. Et l'on pourrait se contenter d'apprécier que le centenaire de la Grande bénéficie d'une telle audience et d'un tel effort télévisuel pour populariser un grand sujet historique. Il y a cependant fort à parier que non seulement les Français ne comprendront pas mieux ces événements, mais encore que les a priori et les reconstructions mémorielles "utilitaires" en sortiront grandies. C'est dommage. Et peut-être grave.

Apocalypse grand spectacle

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Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
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HUET Jean-Paul 20/03/2014

Je suis d'accord avec cette analyse - J'ai été très circonspect sur les commentaires qui sont éloignés d'une réflexion purement historique - Un documentaire de vulgarisation pour tous les publics mais pas un documentaire historique - Il existe des documents antérieurs de meilleurs qualités -

Montaudran 20/03/2014

Bonjour,

Que dire sinon qu'il y a un continuum entre la thèse d'histoire et le docudrama à la Metronome de Lorant Deutsh. La télévision n'a jamais été le meilleur media pour instiller une "Histoire" rigoureuse, il vaut mieux se tourner vers le livre.
Mais au bout du bout ce type de documentaire à fort contenu émotionnel n' a t'il pas une utilité d'éveil, disons le de vulgarisation. On le sait l'Histoire est plus sensible que les sciences plus dures au regard du réalisateur.

tom 21/03/2014

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doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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