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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 06:40

Journal de guerre

1914-1918

Maurice Bedel

Un journal de guerre tenu par un médecin, écrivain et fin observateur des réalités. Un journal de guerre qui (ils sont finalement peu nombreux dans la masse des publications) nous entraîne du 1er août 1914 au 15 décembre 1918.

Dans sa présentation de l'auteur, Chantal Verdon utilise abondamment les carnets et autres écrits d'avant 1914 et d'après 1918 de l'auteur, pour nous présenter celui qui fut aussi un grand défenseur de la langue française, ce qui permet de mieux cerner sa personnalité. Médecin aide-major au 170° RI, sa première phrase de la première page à la date du 1er août donne le ton : "Dans le train qui m'emporte vers Nancy tout le monde est ivre". Homme cultivé, il ne se sent pas à l'aise au milieu de cette populace qui "gueule" la Marseillaise. Néanmoins, (2 août), "tous nous avons la gaîté au coeur et la certitude de la victoire". Les portraits qu'il dresse au fil du temps, de ses chefs, de ses pairs ou de ses hommes, sont rédigés avec la même franchise et le même style direct, de même que pour les Territoriaux, "affolés par leur responsabilité". A partir du 23 août, la tonalité change, avec les premiers trains chargés de blessés, puis c'est la retraite, "lugubre" et les combats autour de Rambervillers. Commence alors une série de visites, plus ou moins spontanées, aux premières lignes ("Je suis retourné à la bataille, malgré la consigne. C'est d'ailleurs un plaisir de plus que d'y aller en désobéissant") et la description de ce qu'il voit ("Nos troupes ont pillé les magasins de la ville") ou de ce qu'on lui raconte. Après une brève contre-offensive en direction de Baccarat à partir du 12 septembre, voilà dès le 15 l'organisation défensive du terrain et le 17 septembre "la guerre c'est un jeu de cache-cache où les cachetes sont des tranchées". Tout en assurant son service de médecin, régulièrement il "cherche une ruse pour s'approcher de la ligne de feu" et ces aller-retour permanents entre l'extrême avant et l'immédiat arrière front nous donnent des descriptions saisissantes des fantassins ou des artilleurs. Les Vosges, la Meuse, l'Aisne : entre les bombardements et les périodes en réserve à l'arrière, Maurice Bedel saisit la moindre opportunité pour se déplacer, voir d'autres lieux, d'autres gens, d'autres formes de la guerre. Au fil des pages aussi "la monotonie de ces jours de guerre durant lesquels il se tire à intervalles éloignés un coup de canon par-ci, un coup de canon par-là". Mais bientôt, le retour aux tranchées et "le déjeuner souterrain à la lueur d'une bougie" et cette alternance de séjours en ligne et de journées à l'arrière, avec des descriptions toujours différentes selon les lieux et les temps. Blessé en 1915, il est évacué vers Lyon ("C'est la quatrième fois depuis ce matin que nous festoyons"), pendant que son régiment est dans les tranchées de Notre-Dame-de-Lorette. Un congé de convalescence de deux mois, qu'il supporte parfois difficilement loin de ses hommes et de ses camarades,et le retour à la fin du mois d'août ("Tous les officiers supérieurs du bataillon ont été tués ou évacués comme incapables. Les capitaines tués. Et tant de lieutenants ! Que reste-t-il de tous ces anciens ? Je le cherche. Je trouve deux ou trois noms"). C'est ensuite le front de Lorraine, la pluie avant la neige et le verglas, la description des nouveaux matériels d'artillerie lourde, celle des gaz de combat et celles des travaux qui accompagnent les préparatifs d'une attaque. Le 23 février, il note qu'à "150 kilomètres du champ de bataille, la terre tremble, l'air est lourd de bruit" : c'est Verdun. Tout en pratiquant le ski, il commente le communiqué officiel, décrit les combats autour du Linge, l'inanité de la presse parisienne : "le journaliste a toujours flatté l'appétit sanguinaire du public". Allant toujours du poste de secours en ambulance, de l'avant à l'arrière, il voit tout dans son secteur et note tout. Ses propos se font de plus en plus critiques ou pessimistes, mais il ne renonce pas pour autant à sa curiosité d'esprit. Au début du mois de septembre 1916, on lui annonce son départ pour le Maroc et il quitte ses tranchées ("Enfer, tu m'as élevé au-dessus des misères. Tu m'as élevé également au-dessus de la pitié. Et cela, Enfer, je ne te le pardonnerai jamais"), où il arrive le 15 pour être affecté à sa demande "au 3e bataillon de tirailleurs marocains qui opère dans le Moyen-Atlas". Dans un tout autre environnement, avec des soldats bien différents et à l'occasion d'engagements qui relèvent de la pacification (parfois rude), il poursuit son récit, multiplie les descriptions, sur les habitations, les modes de vie, les opérations et le quotidien des groupes mobiles. En mai 1917, c'est le retour dans l'hexagone, une tentative de torpillage de son navire et la description de Gibraltar où "la puissante Angleterre est là qui veille". C'est alors le front de l'Aisne : "L'Allemand a condamné ce pays à la peine de mort. Le pays a été exécuté ; et la terre est morte, et les maisons sont mortes, et les rivières sont mortes, et les champs sont morts". Un séjour à Soissons avant le Moulin de Laffaux ("J'ai envie d'écrire le Moulin de la Faux en songeant à une mort de Dürer"), les offensives allemandes du printemps 1918 ("31 mai : les Allemands sont sur la Marne"), l'arrivée des Américains, et le 20 juillet les premiers échos de la contre-offensive de Villers-Cotterêts. Le ton change, les phrases deviennent brèves, la guerre de mouvement reprend. Le 13 octobre, on annonce que les Allemands acceptent de discuter des conditions de paix. Désormais, quelques mots jetés rapidement sur le papier entre deux informations (ou rumeurs) sur les conversations d'armistice. Le 10 novembre encore : "La guerre sera longue, mais la victoire est sûre", mais rien le lendemain 11, rien vant le 15 novembre pour noter le décès d'un proche, six semaines plus tôt. Et à aucun moment dans les dernières lignes il n'écrit le mot paix ou un quelconque synonyme.

Un très beau et très grand témoignage qui doit impérativement être connu de tous les amateurs, étudiants, chercheurs. Dès à présent, un incontournable.

Tallandier, Paris, 2013, 661 pages. 29,90 euros.
ISBN : 979-10-210-0119-0.

Témoignage exceptionnel
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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